Pourquoi l'empreinte carbone de la Coupe du monde 2026 explose par rapport à celle du Qatar ?

La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, devrait battre un record... mais pas celui que la FIFA espérait. Selon les estimations de Greenly, son empreinte carbone pourrait atteindre près de 9 millions de tonnes de CO₂, contre environ 6 millions de tonnes pour le Mondial 2022 au Qatar, soit une hausse d'environ 50
À première vue, on pourrait penser que cette explosion s'explique uniquement par le fait que la compétition est répartie sur trois pays. Pourtant, ce n'est pas le principal facteur. D'après les estimations, près de 88 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent des spectateurs, principalement à cause de leurs déplacements en avion.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'Amérique du Nord n'est pas forcément plus pénalisante que le Qatar sur le plan des distances. Dans les deux cas, la majorité des supporters doivent parcourir plusieurs milliers de kilomètres pour assister aux rencontres. Un vol aller-retour entre l'Europe et les États-Unis représente à lui seul entre 1 et 2 tonnes de CO₂ par passager, soit l'équivalent de plusieurs mois d'émissions d'un Français pour certains usages du quotidien.
Changement du format de la compétition
Le véritable changement vient surtout du nouveau format de la compétition. La FIFA fait passer le tournoi de 32 à 48 équipes, ce qui augmente le nombre de matchs de 64 à 104, soit 40 rencontres supplémentaires (+63 %). Plus de matchs signifie davantage de billets vendus, davantage de supporters présents dans les stades et donc davantage de déplacements internationaux. À cela s'ajoutent les nombreux trajets entre les différentes villes hôtes, parfois séparées de plusieurs milliers de kilomètres.
Paradoxalement, cette édition est pourtant plus vertueuse sur certains aspects. Une grande partie des 16 stades utilisés existe déjà, limitant fortement les émissions liées à la construction. De plus, le Canada bénéficie d'une électricité très peu carbonée grâce à l'hydroélectricité, ce qui réduit les émissions liées à l'exploitation des infrastructures. Autrement dit, ce ne sont pas les stades qui alourdissent le bilan carbone, mais bien les transports.
A côté des JO de Paris ?

La comparaison avec les Jeux olympiques de Paris 2024 est particulièrement parlante. Leur empreinte carbone est estimée à 2,1 millions de tonnes de CO₂, soit plus de quatre fois moins que celle attendue pour la Coupe du monde 2026.
Pourquoi une telle différence ?
Parce que 62 % des spectateurs des Jeux étaient français, limitant fortement les déplacements en avion. À l'inverse, pour la Coupe du monde 2026, seuls 15 % des spectateurs devraient provenir des pays organisateurs, ce qui implique une très forte proportion de voyageurs internationaux.
Finalement, l'impact climatique d'un grand événement sportif ne dépend pas seulement du nombre de pays organisateurs ou du nombre d'épreuves. Le facteur déterminant reste la mobilité des spectateurs. Plus ils viennent de loin, plus ils prennent l'avion, et plus l'empreinte carbone de l'événement augmente. La Coupe du monde 2026 en est une illustration parfaite : malgré des infrastructures plus durables, l'explosion des déplacements internationaux fait bondir son bilan carbone.
Sources scientifiques et institutionnelles
Scientists for Global Responsibility (SGR) : rapport FIFA's Climate Blind Spot. (BBC)
Greenly : FIFA World Cup 2026: What's the Real Carbon Footprint? avec méthodologie et décomposition des émissions. (Greenly)
Reuters : synthèse des analyses indépendantes et réactions des chercheurs. (Reuters)
BBC Sport : analyse des distances parcourues et de l'effet de l'expansion du tournoi. (BBC)
